Tito Lignon présente son projet MUSE
Tito Lignon est titulaire d’un Mastère Spécialisé en entrepreneuriat, intrapreneuriat et management de projet innovant du CELSA Sorbonne Université. Actuellement en Master Patrimoine culturel et technique à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, il a créé Muse, une start-up qui mobilise les technologies numériques au service de la médiation, de la revalorisation et de la conservation du patrimoine artistique français.
Comment est né le projet Muse ?
Tito Lignon : Quand j’ai commencé mes études, je ne m’imaginais pas forcément créer une entreprise. Lors de ma double licence en droit et histoire de l’art à Paris 1, nous avons visité un grand nombre de musées. Venant de l’Île de La Réunion, je découvrais ces établissements, puisqu’ils sont beaucoup moins nombreux là-bas.
Avec ce regard de quelqu’un qui vient de loin, je me suis rendu compte que les outils de médiation actuels ne sont pas véritablement adaptés à tous les publics et ne valorisent pas équitablement toutes les œuvres. Certaines, comme la Joconde, bénéficient de cartels très détaillés, tandis que d’autres sont accompagnées uniquement d’un nom et d’une date, voire d’aucune information. J’appelle cela la hiérarchisation de l’art. Or, pour moi, toute œuvre mérite de l’intérêt, notamment d’un point de vue historique, culturel ou artistique.
J’ai également remarqué que la plupart des touristes n’utilisaient pas les outils de médiation mis à leur disposition.
Ce qui m’a définitivement convaincu qu’il existait un problème, c’est une expérience au jardin des Tuileries. Deux statues très proches semblaient liées. Par curiosité, je me suis approché à la recherche d’un cartel : il n’y avait qu’un nom et une date. En faisant mes propres recherches, j’ai découvert qu’il s’agissait du mythe de Vertumne et Pomone, issu de la Rome antique. Moi, j’ai eu ce réflexe parce que cela correspond à mon parcours en histoire de l’art, mais est-ce que quelqu’un extérieur à ce milieu l’aurait eu ?
Ce sont ces observations et interrogations qui m’ont conduit à créer Muse.
Tito LignonMon projet est né d’une simple observation : tout le monde n’a pas accès à l’art de la même manière.
En quoi consiste Muse plus précisément ?
Tito Lignon : Muse est une application qui permet de prendre en photo des œuvres d’art — quelles qu’elles soient — afin d’obtenir instantanément des informations à leur sujet. C’est un véritable guide culturel de poche.
Elle fonctionne principalement dans des établissements publics, mais aussi in situ, notamment dans des galeries. Pour celles et ceux qui souhaitent assouvir leur soif de savoir, Muse est un outil altruiste permettant de découvrir l’art du bout des doigts.
À terme, Muse a vocation à devenir une plateforme. D’un côté, des usagers amateurs d’art désireux de découvrir et d’apprendre ; de l’autre, des artistes pouvant référencer leurs œuvres. Cela peut constituer une première vitrine pour leur travail : un street artist, par exemple, a tout intérêt à y être présent.
On observe souvent les pouvoirs publics inciter les jeunes à s’intéresser à la culture. Je pense qu’il faut passer par les outils numériques — déjà utilisés par ces jeunes — pour leur faire apprécier le patrimoine culturel français.
Qu’est-ce que le D2E et le Mastère Spécialisé t’ont apporté ?
Tito Lignon : Le Diplôme Étudiant-Entrepreneur m’a permis de découvrir l’entrepreneuriat, un écosystème que je ne connaissais pas du tout. J’ai particulièrement apprécié certains modules, comme celui de business gaming, qui m’ont immédiatement permis de nouer des relations avec d’autres étudiants-entrepreneurs.
J’ai également beaucoup bénéficié de l’accompagnement dans ces deux formations, avec des mentors choisis en fonction des profils.
Avec le D2E, le projet a commencé à prendre forme et à se stabiliser. C’est véritablement avec le Mastère Spécialisé que Muse s’est concrétisé, notamment grâce à la thèse professionnelle que j’ai soutenue en octobre 2022, qui m’a amené à mener des enquêtes et études de terrain pour recueillir des données précises.
Tito LignonJe recommande vivement Pépite Sorbonne Université : sans cette structure, je n’aurais peut-être jamais créé Muse. Toutes les personnes rencontrées et le chemin parcouru m’ont permis d’être là où je suis aujourd’hui.
Tu es lauréat du concours Pépite Start-up Île-de-France. Comment cela s’est-il fait ?
Tito Lignon : D’une certaine manière, c’est grâce à Pépite Sorbonne Université que je suis aujourd’hui lauréat. Lorsque je suivais le D2E, plusieurs camarades de promotion ont candidaté et ont été sélectionnés.
C’est véritablement pendant le Mastère Spécialisé au CELSA que j’ai envisagé sérieusement le concours Pépite Start-up Île-de-France, au moment où Muse prenait de plus en plus forme. J’intègre ainsi Station F via ce programme cette année.
Les premiers mois seront consacrés à la création de la structure juridique de Muse afin de pouvoir solliciter des subventions. Je bénéficie aujourd’hui de masterclasses exceptionnelles et de mentors avec lesquels je peux échanger sur des sujets très spécifiques, comme l’interface design par exemple. Il existe également un réseau considérable de partenaires potentiels et même de business angels.
Quelles sont tes perspectives d’évolution ?
Tito Lignon : Aujourd’hui, Muse existe en version bêta et n’est pas encore disponible sur les plateformes de téléchargement. Nous avons déjà intégré 80 œuvres en nous appuyant sur la base de données Wikipédia. Nous sommes d’ailleurs en discussion avec Wikimédia France afin de nouer un partenariat avec l’ensemble de la communauté Wikimédia.
J’ai également échangé avec certaines maisons de luxe. Je suis actuellement à la recherche d’un développeur afin de stabiliser le projet et le rendre accessible au grand public.
Par ailleurs, j’envisage de soutenir une thèse doctorale à Sorbonne Université, en parallèle, sur un sujet en lien avec mon projet entrepreneurial. Plusieurs étudiants-entrepreneurs doctorants m’ont convaincu du bien-fondé de cette démarche
Un message pour les futurs étudiants-entrepreneurs ?
Tito Lignon : Cela peut paraître cliché, mais lancez-vous. Pour autant, je n’avais moi-même pas prévu d’entreprendre. Mon initiative est née de l’observation d’un problème auquel j’ai souhaité apporter une solution.
Je recommande vivement Pépite Sorbonne Université : sans cette structure, je n’aurais peut-être jamais créé Muse. Toutes les personnes rencontrées et le chemin parcouru m’ont permis d’être là où je suis aujourd’hui.
Rédigé par Jean-Christian Gauze.